Il m’arrive de revenir devant un tableau et d’y remarquer quelque chose qui m’avait jusque-là échappé. Parfois, c’est un détail ; parfois, l’image entière semble s’organiser autrement. Une forme que je reconnaissais aisément devient incertaine, tandis qu’une zone négligée commence à soutenir la composition. Le tableau est resté le même.
Nous regardons une image et croyons d’abord reconnaître ce qu’elle représente. Une forme se détache, un rapport entre les couleurs nous oriente, un souvenir ou une idée surgit. Pourtant, cette première lecture peut changer. Un détail que nous n’avions pas remarqué modifie l’ensemble ; ce qui paraissait évident devient incertain.
Devant Wesen, je cherche d’abord à reconnaître quelque chose. Une fleur peut-être, ou plusieurs formes prises dans un même mouvement. Je suis tentée de les séparer, de leur donner un contour et un nom. Pourtant, dès que je reviens à la toile, les traces qui semblaient confirmer cette première lecture m’entraînent ailleurs. Je n’ai pas changé de tableau. J’ai changé de regard.
Nous nous approchons d’une image avec nos yeux, mais aussi avec une histoire. Nous avons déjà reconnu des formes, appris à donner des noms aux choses, conservé en mémoire des visages, des lieux, des couleurs. Tout cela accompagne notre regard, souvent à notre insu. Pourtant, l’image que nous avons devant nous possède sa propre matière.
Au commencement du tableau, aucune forme précise ne s’imposait. Il y avait un fond sombre, quelques traces plus claires et des gestes dont je ne connaissais pas encore la direction. Une organisation apparaissait, puis se défaisait à mesure que le travail avançait.
J’ai choisi le titre Mysterium Coniunctionis lorsque j’ai compris que ces tableaux ne formaient pas une suite conçue à l’avance. Ils étaient les étapes d’une recherche plus intime, poursuivie au fil de la peinture. Ce travail intérieur m’a conduite vers moi-même, mais aussi vers le monde qui m’entoure, devenu peu à peu plus étrange, plus dense et moins immédiatement explicable.